La révolte des « bonnets rouges » ou révolte du « papier timbré »

« La révolte du papier timbré fut l’une des plus sanglantes de l’histoire de la Bretagne. … 

En 1673, Colbert veut lever de nouveaux impôts en Bretagne: la gabelle et le papier timbré (qui taxe tout document officiel). Or, depuis l’union de la France et de la Bretagne en 1532, tout nouvel impôt doit être accepté par les Etats généraux de Bretagne. Bien sur, ceux-ci s’opposent à cette taxe supplémentaire et le peuple se révolte contre la hausse des impôts sur le tabac, la vaisselle d’étain et le papier timbré. Les Bretons, dirigés par Sébastien Le Balp, entrent en rébellion. Le roi, Louis XIV, décide alors d’envoyer des troupes en Bretagne et le duc De Chaulnes, gouverneur de la province, fait intervenir l’armée. La répression est sans pitié et la révolte est cruellement réprimée. On ne compte plus les exécutions sommaires et les pendaisons. Pour punir les paysans en révoltes, certains iront même jusqu’à couper la pointe des clochers. Amie du gouverneur, Mme de Sévigné écrit alors : « Il y a de petites tranchées en Bretagne, il y a même eu à Rennes une colique pierreuse. Monsieur de Chaulnes voulut par sa présence dissiper le peuple, il fut repoussé chez lui à coup de pierres : il faut avouer que tout cela est bien insolent. »

 « Le dimanche 9 Juin (1675), le tocsin sonne dans toutes les campagnes de Basse-Bretagne.

Villages et paysans s’insurgent. Torr’hé benn (casse-lui la tête)! La Révolte du « papier timbré » est aussi dite « des Bonnets Rouges », en raison de la couleur des couvre-chefs de certains paysans.

  • On nous accable de corvées ! On nous ruine en procès ! Les nobles nous considèrent moins que des chevaux !
  • Assez de misères ! Assez d’impôts ! À bas le papier timbré ! À bas la gabelle !
  • Malheur aux maltotiers ! Aux accapareurs ! Aux profiteurs ! Aux seigneurs sans pitié !

 L’explosion de haine est à la mesure de décennies de frustrations et de rancunes accumulées et en dit long sur les sentiments des révoltés. Des centaines de manoirs, de maisons de châteaux sont dévastés, certains sont brûlés, quelques personnes tuées. Le 6 Juillet ; Carhaix est pris, le 20 Pontivy est assailli. Nombre de bourgs sont visités par les « Bonnets Rouges » Parfois « Bleus » ! (…) Des insurgés de Cornouaille rédigent leurs revendications, ce sont les « Codes Paysans » : règlements fait par les nobles habitants des paroisses du pays d’Armorique, unies pour la liberté de la province. (…) Réforme de la société, de la justice, de l’église, égalité sociale… émergent ici, déjà, les futurs revendications des cahiers de doléance de 1789. Signé : Torrében et les habitants !

Dans un royaume puissant, où le roi est au faîte de son pouvoir, les nouvelles de Bretagne font scandale. Le duc de Chaulnes temporise en attendant les renforts qu’il a demandés, renforts qui tardent à venir, la guerre les retenant aux frontières de l’est. Pour arrêter la révolte, le seul et unique moyen envisagé est la répression dans le sang et la destruction.

Dès le début des événements, le duc de Chaulnes conseille, à titre de sanction, de raser les quartiers insurgés des ville : « Le remède (…) est un peu violent mais c’est, dans mon sens, l’unique, sans cela l’on ne pourra jamais assurer de cette ville (Rennes) ». à nul moment, n’a été pris en considération l’aspect impulsif et anonyme de l’insurrection qui se traduisent par le manque de plan et de chefs réels, d’envergure. (…)

En août, Chaulnes reçoit 6.000 hommes. Il applique une répression méthodique. (…) Les paroisses sont punies en fonction de leur « culpabilité » : amendes, pillages, destructions. Le Père Maunoir et des prêtres prêchent la soumission. Des clochés sont descendues, des clochers rasés. Ici, on pend sans qu’ils soit possible d’avancer le moindre bilan : À Combrit, 14 habitants le sont au même chêne. Là, on exécute officiellement par la corde ou la roue. Laurent le Queau et Alain le Moign sont torturés, roués. À Rennes, le faubourg de la Rue Haute est détruit, ses habitants chassés. Pour punir les parlementaires et les « citadins », le parlement est « exilé » à Vannes pour 15 ans. Les États, réunis à Dinan, votent tout ce qu’on veut pour essayer d’amadouer le roi. Sans succès : 10.000 soldats arrivent pour passer l’hiver dans les villes bretonnes. Ils s’y comportent comme en pays ennemi, multipliant les violences, pillant, tuant, violant. La « Province » est matée. » « *

…. Voilà pourquoi les manifestants  d’aujourd’hui  ont choisi ce symbole :  comme au 17ème,   le peuple breton en a assez d’être « taxable à merci » !

L’écotaxe que veut imposer le gouvernement est une véritable  hérésie pour la péninsule Bretonne : l’agence BLB Tourisme est solidaire des transporteurs, solidaire du monde agricole et de tous ceux qui, comme elle se battent au quotidien pour survivre .

*Secher, Reynald/ Le Honozec, René (éds.) (1991, 2ème édition 1999): Histoire de Bretagne. 1532-1763. Tome 4. : Noyal-sur-Vilaine: Éditions Reynald Secher. (Collection Mémoire du Futur.)

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